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Archive for January, 2008

Un mode de vie

Posted by Chedly on 13 January 2008

Souvent on trouve dans les CV une rubrique “hobbies” où on indique nos passe-temps, et il existe sans doute une panoplie de réponses possibles, mais certains répondent: “la lecture”. Et là, je m’étonne! Est-ce possible pour un musulman de dire: mon passe-temps est de manger ou de boire de l’eau?! Non, parce que ce sont des nécessités, et non pas des passe-temps. De même, je pense que la lecture est une nécessité pour tout être humain. Nous ne devons pas se contenter de lire un livre ou deux, et de le faire un jour par semaine ou quelques mois par an… Mais nous devons considérer la lecture comme un “mode de vie”: pas un jour qui passe sans lire quelque chose. Et je vise ici la lecture utile bénéfique et pas n’importe quelle lecture (on peut bien sur préférer un sujet par rapport à un autre).

Si on regarde la biographie du Prophète, paix et salutation sur lui, on trouve une attention particulière à la lecture. Par exemple, je vous invite à réfléchir sur la première révélation: “Lis!”. La révélation aurait pu commencer par n’importe quel autre mot, mais ce coran révélé sur 23 ans a commencé par le mot: “Lis!”. Bien que le Prophète, paix et salutation sur lui, était illettré, bien qu’il a des milliers de vertus et de qualités avec lesquelles le Coran aurait pu commencer, mais la révélation lui a dressé un ordre clair et direct qui englobe un mode de vie de la Nation de l’Islam: “Lis!”.

Etant donné que le Prophète, paix et salutation sur lui, était illettré, il a répondu: “je ne sais pas lire”, en pensant que cette réponse est suffisante, mais l’archange Gabriel a répété deux fois le même mot avant de lui dire Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé(1) qui a créé l’homme d’une adhérence(2) Lis! Ton Seigneur est le Très Noble(3) qui a enseigné par la plume [le calame](4) a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.(5)“.

Cette histoire entre le Prophète, paix et salutation sur lui, et l’archange Gabriel s’est passée avant que ce dernier explique qu’il est un ange, que le Prophète, paix et salutation sur lui, est le messager de Dieu, que ces paroles sont le Coran, et que c’est le début d’une nouvelle religion: l’Islam… Ceci ne constitue-t-il pas un message fort à la nation de l’islam?! Est-il concevable que les premiers mots du Coran parlent d’un passe-temps que certains apprécient et d’autres n’aiment pas? Le Coran contient plus de soixante dix-sept mille mots et des milliers de commandes: prière, aumône, pèlerinage… et parmi tout ceci, le premier mot était: “Lis!”. Et ce n’est pas que le premier mot, mais les cinq premiers versets parlent de la lecture. On peut alors se demander: Pourquoi est-ce que nous lisons?

Dieu l’a expliqué dans ces premiers versets: nous lisons pour apprendre. Toutefois, Dieu n’a pas commencé le Coran par: “apprentissage”, mais par: “la lecture”. Sans doute il y a de nombreux moyens d’apprentissage, comme l’audition et la vision… Mais la lecture reste le moyen le plus important.

Dieu tout-puissant nous définit, dans ces cinq premiers versets, deux principes importants:

“Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé”: il faut lire au nom de Dieu, donc on ne lit pas ce qui fâche Dieu mais on lit pour apporter du profit à la terre et aux êtres humains.

– Jamais la lecture ne doit nous faire oublier la modestie, mais rappelons nous toujours que c’est Dieu qui nous a permis de lire: “Lis! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume [le calame]” et que c’est lui qui a “enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas”. Jamais nous ne devons oublier que quel que soit le haut degré de connaissance que nous pouvons atteindre, c’est Dieu Tout-Puissant qui nous l’a appris. Le Tout-Puissant dit: “Et craignez Dieu. Alors Dieu vous enseigne” et il dit : Et on ne vous a donné que peu de connaissance”. Ce principe est lié à un autre défini par Dieu. Il s’agit bien entendu de l’intention «enniya». En effet, le Prophète, paix et salutation sur lui, dit dans un hadith: “من طلب العلم ليماري به السفهاء، أو ليباهي به العلماء، أو ليصرف وجوه الناس إليه، فهو في النار. Chacun d’entre nous a donc intérêt à penser à l’intention avant de commencer chaque lecture.

En passant en revu la biographie du Prophète, paix et salutation sur lui, un événement étrange attire notre attention, compte tenu de l’époque et de la situation. Il s’agit du moment où le Prophète, paix et salutation sur lui, Mohamed a demandé aux prisonniers de la bataille de Badr, en contre partie de leur libération, d’apprendre à dix musulmans à lire et à écrire! C’est une demande très étrange: Si on regarde les musulmans à l’époque de Badr, nous les trouvons en manque d’argent, ayant besoin de garder leurs prisonniers pour les échanger contre les prisonniers musulmans… mais le Prophète, paix et salutation sur lui, paix et salutation sur lui, savait que la lecture, l’écriture et l’apprentissage sont des pré-requis pour toute nation qui veut le développement, le progrès et la prospérité…

On voyait aussi que les compagnons avaient un estime particulier pour ceux d’entre eux qui savent lire et l’exemple en est Zaid ben Thabet. Ce jeune compagnon (de treize ans !!) qui a occupé une place si convoité. Regardons ensemble, Zaid Ben Thabet, parmi le grand nombre de compagnons, était devenu en permanence avec le Prophète, paix et salutation sur lui, paix et salutation sur lui, parce qu’il maîtrise la lecture et l’écriture. Il est devenu même un de ceux qui écrivent la révélation (le Coran), un rédacteur des lettres du Prophète, paix et salutation sur lui, et un traducteur de la langue syriaque et de l’hébreu.

Nous connaissons tous Abou Hourayra, qui était le compagnon qui mémorise le plus les paroles du Prophète, paix et salutation sur lui. Mais malgré cette prestigieuse distinction, il considère que Abdullah Ben Amr Bin Al Aas est mieux que lui. Pourquoi? Il dit: “je suis celui qui raconte le plus les citations du Prophète, paix et salutation sur lui, sauf Abdullah Ben Amr, il sait écrire et je ne le sais pas”

Ces attitudes – et d’autres – ont mis l’amour de la lecture dans les cœurs des musulmans. Les bibliothèques de l’histoire islamique ont été pendant des siècles les plus grandes bibliothèques du monde: les bibliothèques de Bagdad, Cordoue, Séville, Grenade, le Caire, Damas, Tripoli, Jérusalem… Une très longue histoire de la culture, de la civilisation et de la science…

Telle est l’importance de la lecture dans l’équilibre islamique. Et telle est l’importance de la lecture dans l’histoire des musulmans.

Avec toute cette histoire et toute cette importance, toutefois, la Nation de l’islam, malheureusement, souffre aujourd’hui d’un taux élevé d’analphabétisme! Les derniers chiffres (du 7-1-2008: source) parlent de 100 millions analphabètes, d’un taux de 29,7% qui atteint 46,5% chez les femmes!! Ce chiffre concerne l’analphabétisme clair, mais ce n’est pas le seul analphabétisme dont souffre notre nation. Un autre analphabétisme est le manque d’organisation de nos lectures, l’ignorance dans des domaines indispensables. Un analphabétisme qui existe parmi des gens qui savent très bien lire et écrire, et qui pourraient même avoir terminé leurs études universitaires, mais qui ne sont pas au courant de beaucoup d’importantes choses dans ce monde où nous vivons.

Certains ont un analphabétisme religieux. On peut trouver un professeur d’université, un médecin ou un avocat qui ne connait pas les fondements de sa religion, qui ne sait pas comment faire les ablutions, comment prier… Il se produit également pour les femmes qui doivent apprendre les commandements à suivre pendant la période des règles, chose importante et de laquelle dépend leur prière et leur jeûne. Ceci se produit avec la prière, le jeune… les piliers de l’Islam! Que dire alors des autres points !!

D’autres ont un analphabétisme politique; ils ne savent pas ce qui se passe autour d’eux, ni comment les choses évoluent. Ils ne savent pas ce qui se passe en Palestine ou en Iraq, ni ce qui se passe en Amérique ou en Europe… Ils ne savent même pas ce qui se passe dans le pays où ils vivent !!

Il y a des gens qui ont un alphabétisme lié à la loi, ils ne savent pas quels sont leurs droits et quels sont leurs devoirs…

Et on pourra énumérer toutes les sciences possibles. Beaucoup sont ceux qui aujourd’hui ne lisent pas ce qui leur assure une vie saine, ne parlons pas du savoir, des lectures spécialisées, de la culture générale …

La clé de la création de cette nation est le mot: “Lis !”. Il ne peut y avoir une nation sans lecture … et c’est pour ça que ça a été dit: “Nous ne craignons pas telle nation, car c’est une nation qui ne lit pas”.

Nous voyons donc que beaucoup de personnes passant du temps à la lecture, ne savent pas choisir leurs lectures. Nous ne sommes pas contre le divertissement mais contre l’abus de divertissement. La question qui se pose: qu’est ce qu’on retient après des heures de ce genre de lecture ? La lecture est d’une grande importance, mais l’objet des lectures est aussi important.

Donc, nous avons des problèmes majeurs:

La première: que certaines personnes n’ont pas l’habitude de lire, s’ennuient rapidement, et à chaque fois où ils commencent à lire, leur motivation disparait rapidement. Ils ont donc besoin de méthodes qui leur aident à lire.

Le deuxième problème: c’est que certaines personnes effectivement lisent, et passent de longues heures en lecture, mais ne le font pas pour un objectif précis, et n’ont pas une stratégie pour que leur lecture devienne utile et efficace. Ils ont donc besoin de propositions de lectures intéressantes.

La réponse à ces deux problématiques se trouve au lien suivant (rédigé en arabe par Dr Ragheb ElSergany en attendant de faire une traduction).

 

Remarque: Cet article est une traduction (avec des modifications minimes) de l’article du lien ci-dessus.

 

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Ibn Khaldoun (ابن خلدون)

Posted by Nidhal on 7 January 2008

 Pierre LEPAPE, journaliste dans le Monde diplomatique, affirme en parlant de Ibn Khaldoun :

“Son immense culture et sa curiosité intellectuelle insatiable lui permettent de brasser les apports les plus divers, arabes, grecs, hébreux, perses, berbères, romains, byzantins, dans une synthèse ordonnée. Mais en même temps, sa pensée rompt à ce point avec l’horizon d’attente de son époque, elle propose une logique d’interprétation si différente des catégories traditionnelles, si “moderne”, qu’elle ne pénètre pas dans les débats savants, politiques, religieux et philosophiques de son temps. Elle parle en revanche au nôtre.”

Philosophe historien et précurseur de la sociologie moderne, Ibn Khaldoun est l’une des figures les plus marquantes de la civilisation Arabo-Musulmane. Dans cet article j’essayerai de présenter la biographie de cet homme en m’attardant sur son apport intellectuel.

I.Biographie d’Ibn Khaldoun

1) Ibn Khaldoun : naissance et enfance.

Ibn Khaldoun, ou Abou Zeid Abd ar-Rahman ibn Mohammed ibn Khaled al-Hadhrami (ابو زيد عبد الرحمن بن محمد بن خالد الحضرمي), né le 27 mai 1332 à Tunis et décédé le 19 mars 1406 au Caire, est le descendant d’une famille venue d’Andalousie avec la première vague d’émigration du début du XIIIe siècle. Mais ses véritables et lointaines origines sont arabes de Hadhramaout au Yémen comme il l’a affirmée dans son autobiographie « et notre ascendance est de Hadhramout , des Arabes du Yémen, par l’intermédiaire de l’Ibn Hajar de Wa’il, du meilleur des Arabes. »

La situation aisée de sa famille lui a permis d’étudier avec les meilleurs professeurs de L’Afrique du nord de son époque. Il reçoit alors une éducation arabe classique en étudiant les sciences religieuses la langue arabe, mais aussi les mathématiques et la philosophie à travers les travaux d’Avicenne, d’Averroès et d’Al-Razi. À l’âge de 17 ans, Ibn Khaldoun perd ses deux parents suite à l’épidémine de la peste qui frappa Tunis.

2) Ibn Khaldoun : une vie mouvementée

Dès la mort de ses parents Ibn Khaldoun commence un parcours riche . Il l’entame en devenant «Garde du Sceau» du sultan hafside Abû-Ishâq. Trois ans après il quitte Tunis pour rejoindre la cours du sultan Fès , ou il est resté neuf ans pour terminer sa formation scientifique auprès des grands oulémas de l’université Qarawin. En 1363 il décide de partir en Andalousie, à Grenade ou il fait la connaissance du grand historien Lisân ad-dîn Ibn al-KhatibA l’âge de 32 ans, Ibn Khaldoun décide de retourner au maghreb où il passe 10 années en élargissant ces connaissances biais les diverses cours de la région . Il décide ensuite de quitter cette « marais de la politique » et de faire une Khalwa (خلوة) ou retraite spirituelle à la Qal’a d’Ibn Salama en Algérie. Pendant les quarte années de retraite il entame un travail de réflexion et d’écriture qui bouleversera la pensée Arabo-Musulmane, et qui l’inscrira dans l’histoire pour l’éternité. La Muqaddima (المقدمة) ou Prolégomènes selon la traduction littérale, fut l’oeuvre la plus considérable de notre historien et sociologue. Il disait en parlant de son travail «C’est là que j’ai commencé à rédiger ce livre et que j’ai achevé La Muqaddima avec son caractère original et inédit qui la distingue et qui m’a été inspiré par cette  khalwa» . Traduite en français par l’orientaliste et l’islamologue Vincent Monteil en 1967, La Muqaddima fait plus de 1.300 pages : «Une véritable encyclopédie» disait Monteil, et un vrai «discours sur l’histoire universelle».

Il commence ensuite à rédiger son histoire universelle « Kitâb al ‘ibar » (كتاب العبر) ou il a traité l’histoire ancienne et moderne des Arabes, des Persans, et des Berbère, sans s’arrêter sa vie durant d’apporter des modifications à ce livre.

Après cette retraite passée dans le désert Ibn Khaldoun renoue avec la vie citadine. Il va à Tunis où il est bien accueilli par le Sultan. Il enseigne alors dans la grande université de la Zitouna, mais suite à une violente controverse religieuse et scientifique avec l’Imam Muhammed Ibn ‘Arafa, bien connu par sa stricte orthodoxie malikite, il se trouve dans l’obligation de quitter sa terre natale pour le Caire en Égypte, ainsi il s’investit dans l’enseignement à l’université d’Al Azhar et de prendre la fonction de cadi ( قاضي) juge, jusqu’à sa mort.

Ainsi fut la vie mouvementé d’Ibn Khaldoun, passé entre les cours des sultans de l’époque, et les grandes universités du nord d’Afrique. Ibn Khaldoun mourra au Caire le 17 mars 1406. Il est enterré au cimetière des Soufis réservé aux savants et aux hommes de lettres. Il est parti en laissant un grand patrimoine à la civilisation humaine. Ses ouvres et ses idées trouvent jusqu’à nos jours leurs place dans la pensé moderne.

II. Apport d’Ibn Khaldoun à la civilisation humaine.

1)Oeuvres d’Ibn Khaldoun:

Contrairement à la plupart des savants arabes Ibn Khaldoun a laissé peu d’écrit. On peut citer par exemple(لباب المحصل في أصول الدين) « loubèb élmouhassil fi oussoul eddin » un commentaire sur la théologie, (شفاء السائل) chifa éssaiil, petit livre sur l’histoire des berbères , mais son oeuvre la plus considérable reste son livre d’histoire universelle qui s’intitule ( كتاب العبر وديوان المبتدأ والخبر في أيام العرب والعجم والبربر ومن عاصرهم من ذوي السلطان ) « Le Livre des Exemples et le Registre des commencements et de l’histoire des Arabes, des non-Arabes et des Berbères, ainsi que des peuples les plus puissants parmi leurs contemporains ».

Cette encyclopédie historique se compose : d’une Introduction, d’une autobiographie et de 3 livres. On appelle Muqaddima : l’Introduction et le 1er Livre ( les deux étant appelés : Prolégomènes )

Le contenu des Prolégomènes : Des considérations générales sur la science de l’histoire et sur les deux formes de civilisation résultant de la vie nomade et de la vie sédentaire, sur les caractères qui les distinguent, sur les institutions, les sciences et les arts.

Le 2e Livre : renferme l’histoire des Arabes et des peuples étrangers, depuis les temps les plus anciens jusqu’à l’époque de l’auteur.

Le 3e Livre : traite de l’histoire des tribus berbères de l’Afrique septentrionale et des royaumes qu’elles ont fondés.

encore faut il signaler ici que le livre évoque d’autres nations comme les Juifs, les Babyloniens, les Coptes, les Perses, les Grecs, Romains, Byzantins, les Francs, les Turcs et les Noirs.

2)Ibn Khaldoun le précurseur

Ibn Khaldoun est cité par plusieurs intellectuels européens et arabes, comme précurseur de la sociologie.

Il est décrit par Arnold Toynbee comme celui qui « a conçu et formulé une philosophie de l’Histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays.» .

L’islamologue et orientaliste français affirme que «Son discours sur l’Histoire Universelle, annonce trois siècles à l’avance celui de Bossuet ( 1627-1704 , avec son œuvre portant le même titre ) Ibn Khaldoun se présente comme historien, ce qu’il est en effet ; mais il est aussi, cinq siècles, avant Auguste Comte, l’inventeur de la sociologie : Ibn Khaldoun dit dans sa Préface : “Notre propos actuel est d’une conception nouvelle, c’est une science indépendante, dont l’objet spécifique est la civilisation humaine et la société humaine.” Il s’agit pour ibn Khaldoun, d’étudier la nature de la civilisation, à savoir : La vie sauvage et la vie sociale, les particularismes dus à l’esprit de clan et les modalités par lesquelles un groupe humain en domine un autre ; ce qui le conduit à examiner la naissance du pouvoir, des dynasties et des classes sociales, des professions lucratives et des manières de gagner sa vie, enfin des sciences et des arts. Articulée en 6 grands chapitres, c’est une somme des connaissances de son temps que nous livre ainsi le lointain précurseur de nos encyclopédistes. »

Ibn Khaldoun, porteur de nouvelles visions qui trouvent leurs intérêts dans leur modernité, est aussi considéré comme précurseur des sciences économiques modernes .

Il s’est beaucoup intéressé aux questions économiques ainsi qu’au problème du travail et du profit. Le géopoliticien Yves Lacoste considère son travail comme « une forme de pensée marxiste matérialiste avant la lettre ». Il est vraiment intéressant de remarquer qu’Ibn Khaldoun bien avant Marx affirme dans la Muqaddima que toute la valeur vient du bénéfice. Il est parmi les premiers à décrire l’économie politique: selon lui un produit prend toute sa valeur dans les processus qui aboutissent à sa création : les techniques employés, les matériaux utilisés détermine sa valeur. Il a aussi fait la distinction entre le bénéfice et la sustainance.

3) Ibn Khaldoun l’éducateur

Le génie de cet homme ne s’arrête pas là. En effet Ibn Khaldoun traite dans son livre des droits de l’homme, Vincent Monteil affirme: «On ne s’étonnera pas davantage de rencontrer, sous la plume d’Ibn Khaldoun, l’expression de conceptions ou d’institutions que le monde musulman avait mises en honneur avant le nôtre», telles que «les règles concernant la guerre, les non-combattants (les civils), les prisonniers, les trêves, élaborées en terre d’Islam du VIIe siècle au XIIIe siècle,  ou encore les questions relevant de l’exercice de la justice ». Notre historien met en relief ainsi les valeurs nobles sur lesquelles s’est construite la civilisation Arabo-Musulmane. Notre civilisation est pionnière dans le respects des droits de l’homme, comme l’affirme l’historien Edmond Roulbâth qualifiant ces actions de «respect silencieux des droits de l’homme». On devrait alors être fier de ces valeurs et s’engager avec force à répandre ses valeurs dans nos pays.

Ibn Khaldoun traite de l’éducation. Je trouve qu’il est très intéressant de réecrire les citations suivantes, prise du premier article publié dans racines , et qui illustrent son esprit critique et la modernité de sa pensée

اللإبتعاد عن الإستبداد في التأديب حتى لا تكسل النفس في إكتساب الفضيلة و الجميلة”

Le comportement autoritaire dans l’éducation est à la source de paresse et handicap mental dans l’acquisition des valeurs et des savoir”

من كان مُرباه بالعسف و القهر . . . سطا به القهر و ضَيقَ على النفس في إنبساطها و ذهب بنشاطها . . . و حُمل على الكذب و الخبث”

Celui éduqué par la violence perd le sens créatif, perd toute activité d’esprit et s’enfonce dans les mensonges et la délinquance”.

إتباع وسائل التوضيح الحسية حتى يستولي على الغايات العلمية”

Les objectifs de tout acte d’enseignement/apprentissage sont atteint par l’utilisation de supports didactiques et la concrétisation des notions scientifiques”

. . . ملكة التصرف بفتق اللسان بالمناظرة والمناورة و المحاورة في العلم”

Le développement des compétences est atteint par la discussion, L’apprentissage collectif et la résolution des conflits cognitifs par le co-apprentissage”

استنباط الجزئيات من الكليات”

L’utilisation de la méthode inductive comme approche pédagogique”

Ibn Khaldoun a même évoqué la question de la mondialisation culturelle en affirmant

المغلوب مولع أبدا بالإقتداء بالغالب في شعاره و زيه و نحلته و سائر أحواله و عوائده”

Le vaincu s’identifie à son vainqueur dans son comportement, ses traditions, ses valeurs et sa culture” (le vaincu est souvent une personne, un peuple, une nation ou encore une civilisation)

Tel était l ‘apport considérable d’Ibn Khaldoun. Cette brève autobiographie prouve bien, je l’éspère, que la culture Arabo-Musulmane a mis au monde des personnes qui ont influencé la pensée humaine et s’identifier à ces personnages n’est donc qu’une humble reconnaissance de ce qu’il ont fait pour notre culture . Un effort de production et d’excellence est demandé à chaque individu appartenant à notre civilisation afin de rendre possible une nouvelle renaissance. Et comme l’a affirmé Ibn Khaldoun pour qu’une civilisation persiste elle doit miser sur la reproduction des élites “صناعة القادة” .

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